En finir avec l’ennui au travail !

En finir avec l’ennui au travail !

Le burn-out, dépression due à une surcharge de travail, se fait jour dans l’esprit de nombreux Français, mais qu’en est-il du syndrome du bore-out, cet anglicisme désignant le phénomène de l’ennui au travail ? Cette pathologie, aussi connue sous le nom de « syndrome d’épuisement professionnel par l’ennui » peine à se faire reconnaître dans le monde du travail, et sévit aujourd’hui aussi bien dans le secteur public que dans le privé, et ceux, non sans conséquences. La plupart du temps, l’ennui chronique mène à de graves troubles mentaux tels que la dépression voire le suicide.  

D’où le bore-out puise-t-il sa source ? Quels sont les syndromes et les répercussions pour les victimes ? Existe-t-il un remède contre l’ennui ?  

Origines : des causes multifactorielles 

Vous rêvez du vendredi dès le lundi matin ? Vous faites partie des 63 % de Français qui affirment s’ennuyer au travail, selon une étude menée par le cabinet de recrutementQapaauprès de 4,5 millions de français en 2019. Comment expliquer ces chiffres alarmants ? De nombreuses situations peuvent mener les individus au bore-out…

La faible dose voire l’absence de travail est la première cause d’ennui chez les salariés. “Chargée de conformité dans une banque, je suis censée veiller au respect des codes de déontologie dans l’établissement. Mais mon responsable ne sait pas déléguer et me laisse les miettes. Certains jours, je m’occupe plus que je ne travaille. J’écoute les podcasts de France Inter ou des opéras sur YouTube” témoigne Caroline, 39 ans. Souvent, l’absence de travail s’explique par la non-délégation des missions ou au contraire, la parcellisation des tâches, laquelle semble vider les missions de leur sens. 

Quand bien même les salariés ont des missions à réaliser, certaines tâches sont jugées ennuyeuses, répétitives et monotones. Si les salariés se voient confier uniquement des tâches ennuyeuses et déplaisantes, cela peut engendrer un ennui chronique. 

La surqualification va également être vectrice de lassitude au travail. En effet, le fait d’effectuer un travail qui ne correspond pas à vos compétences, la finalité de vos études ou encore votre savoir-faire peut entraîner l’ennui. 

Pour finir, la mise au placard ou l’isolement conduit tout droit les salariés au bore-out. Cet isolement d’un ou de plusieurs salariés résulte des politiques d’embauches inadaptées et de postes obsolètes conservés, car les entreprises disposent d’un budget suffisant et craignent les coûts des licenciements. Ainsi, un certain nombre d’entreprises choisiront de cultiver la « mise au placard ». Cet isolement touche davantage les femmes (51 % contre 49 %), une différence qui s’explique par les congés maternité. 

Si la maladie de l’ennui au travail peut faire sourire certains, elle n’en reste pas moins extrêmement dangereuse et lourde de conséquences… 

Symptômes et répercussions 

Des symptômes variés

Il est tout à fait normal de s’ennuyer occasionnellement au bureau. Ainsi, comment discerner l’ennui passager du bore-out ? C’est lorsque qu’il devient quotidien et qu’un certain nombre de symptômes se cumulent que les salariés ou employés peuvent envisager le bore-out. 

Un des premiers signes d’ennui se traduit par un désintérêt pour le travail à accomplir et l’apparition d’erreurs à répétitions cumulées à une baisse de rapidité et d’efficacité. Vous n’éprouvez alors plus aucune simulation intellectuelle à votre poste. 

Si vous passez minimum deux heures par jour à ne rien faire, vous risquez d’être atteint d’ennui chronique. C’est lorsque vous réalisez que Facebook est plus présent dans votre journée que votre boîte mail professionnelle que vous pouvez vous considérer en bore-out.  

Le salarié en bore-out se sentira peu à peu fatigué, voire exténué, puis frustré, démotivé et anxieux. Un sentiment de mal-être va s’instaurer, face à ce sentiment de n’être « payé à rien faire ». Peu à peu, les salariés en bore-out vont se dévaloriser, se sentir inutile, tels des parasites pour la société. 

La perte de compétences est également un des symptômes indiquant l’épuisement par l’ennui.  Sous-évalué dans votre travail, vous n’avez pas l’impression de développer vos compétences, ou simplement de les utiliser pleinement. Souvent, les performances des salariés diminuent : perte de vitesse, erreurs fréquentes, manque de compréhension, diminution des facultés d’analyse…

« Les salariés confrontés au vide de leur activité se sentent déqualifiés. Ils ne peuvent pas exercer leurs compétences, ni les entretenir et encore moins les développer. Ils ont le sentiment de rétrograder, de rétrécir. Le travail n’a plus de sens » explique Dominique LHUILIER, professeure en psychologie du travail au CNAM. 

Des conséquences inquiétantes

N’ayant pas matière à travailler, le salarié finira par s’isoler (s’il n’a pas déjà été délaissé de ses collègues). Moralement, cette situation s’avère très préoccupante pour le salarié « mis au placard ». Le travail, qui est censé élever l’âme, construire et permettre de maintenir un certain équilibre de vie, perd de son sens. 

Ainsi, si vous êtes atteint de bore-out, vous serez distrait plus facilement, ce qui augmente considérablement le risque d’accidents de travail dus à une baisse de vigilance. Contrairement aux idées reçues, être payé à ne rien faire n’est pas aussi charmant qu’il n’y paraît. Passer sa journée à « tuer le temps » serait aussi mauvais pour la santé que de trop travailler. 

En effet, l’étude « Bore to death » menée en Angleterre révèle que les salariés qui s’ennuient au travail présenteraient un risqué deux fois plus élevé d’accidents cardio-vasculairesque les salariés stimulés par leur emploi. En outre, face à l’ennui, des habitudes « palliatives » peuvent vite se mettre en place : grignotage, pauses cigarettes plus fréquentes et parfois même, le recours à l’alcool. 

Psychologiquement, l’ennui au travail conduit à une grave perte d’estime et de confiance en soi. Après le sentiment d’inutilité s’installe un sentiment d’incapacité

Fréquemment, les individus vont transférer toutes ces émotions négatives à la sphère privée, rendant permanent le sentiment d’insatisfaction et de frustration, mais également de perte d’estime. Lorsque le monde du travail compte 10 % de chômeurs, les individus ne se sentent pas en droit de s’ennuyer au travail, et encore moins de s’en plaindre. Ainsi, 90 % des Français dissimulent leur ennui, et 62 % font même semblant d’être occupés, selon l’étude Qapa.  

Sur le long terme, va s’installer un fort sentiment de dévalorisation de soi pouvant entraîner une déconstruction de la personnalitéet des chutes dépressives.  « L’ennui peut être une porte ouverte à la morosité, la remise en question, la déstructuration de sa personnalité, la dépression… » selon Christian Bourion, rédacteur en chef de la Revue internationale de psychologues et auteur de « Le bore-out syndrome », un des premiers chercheurs à avoir alerté sur le nombre d’employés confrontés à l’ennui au travail.

En finir avec l’ennui au travail

Le bore-out peut se soigner et il existe différentes façons de se prémunir contre cette lassitude chronique. 

Tout d’abord, il faut diagnostiquer les causes de l’ennui au travail. Pour pouvoir agir, il faut être enmesure de comprendre les causes exactes de l’ennui. Ensuite, il faut parler de la situation à son manager, ses amis, collègues ou sa famille pour réfléchir à une solution. 

Le manager doit ajuster la stratégie de l’entreprise, redonner la priorité à l’humain et du sens au travail, mais également proposer un plan d’accompagnement personnalisé. 

Souvent, lorsque le mal-être est lié à l’entreprise, la démission avec une rupture conventionnelle de contrat sera la seule échappatoire. Vous pouvez également demander un arrêt de travail à votre médecin traitant, le temps d’éclaircir la situation. 

Si le mal-être provient du poste occupé, soyez vigilant et veillez à vous tenir informé des postes à pourvoir dans votre entreprise, ce qui vous donnera envie de vous dépasser. Montrez de l’intérêt et partagez votre envie de changer de poste. 

Pour redonner du goût à votre travail, lancez-vous des défis ! Nourrissez-vous d’articles pour vous auto-former, envisagez vos tâches dans un environnement différent, tissez des liens avec vos clients et fournisseurs, prenez des initiatives au service du collectif ! Pourquoi ne pas instaurer un rendez-vous hebdomadaire matinal autour d’un café-croissant pour créer du lien, échanger, passer des bons moments pour chasser l’ennui… 

Bore-out : Où en est-on aujourd’hui ?

Bore-out : un sujet qui ennuie ? 

Le syndrome de l’ennui au travail, une maladie en manque de reconnaissance, qui commence cependant à s’affirmer. Dans « Le paradoxe des fonctionnaires » (2011), Zoé Shepard dénonce l’inutilité de certains postes de la fonction publique en France. Cet ouvrage, ayant suscité une vive polémique, témoigne pour la première fois de la souffrance que provoque l’ennui au travail

Plus récemment, un ex-salarié de la société Interparfums a choisi de poursuivre son employeur pour bore-out. Licencié à la suite d’une absence prolongée due à une crise d’épilepsie, Fréderic Desnard accusait la société Interparfums d’être responsable de cet accident. Depuis des mois, ils se voyaient affecter à des tâches subalternes et il était assimilé à un « concierge privé », ce qui l’a peu à peu mené au bore-out. Si le juge du conseil de prud’hommes a bien établi un lien entre son état de santé et sa situation professionnelle, il n’a néanmoins pas reconnu formellement le « bore-out » du salarié.  

Ces différentes interventions ouvrent la voie aux autres victimes de l’ennui au travail, laissant ainsi espérer une reconnaissance du bore-out comme maladie professionnelle