Les millennials vont-ils révolutionner le monde du travail?

Les millennials vont-ils révolutionner le monde du travail?

Génération Y, Millennials… Différentes appellations pour une même catégorie : celle des personnes nées entre 1980 et 2000, âgées de 18 à 34 ans. On doit le terme millénialaux historiens Neil Howe et William Strauss dans leur ouvrage « Millennials rising », paru au tout début du XXIe siècle. Bercés par les nouvelles technologies, les Millennials sont particulièrement actifs sur les réseaux sociaux et très à l’aise avec les nouvelles technologies de l’information. Souvent stigmatisée comme une génération fainéante, narcissique, insatisfaite, égocentrée et dissipée, la génération Y est sujette à de nombreux stéréotypes et clichés. Les millennials portent, pour la plupart, un regard nouveau sur le monde du travail, qu’ils entendent bien révolutionner en profondeur. Alors, les Millennials sont-ils en train de changer le visage de l’entreprise ? 

Des aspirations et une perception du travail différente

Simon Sinek, conférencier britannique et auteur de livres sur le management et la motivation, évoque un « choc culturel » entre les millennials et leurs aînés. En effet, ces derniers ne conçoivent pas le travail de la même manière que leurs prédécesseurs. La génération Y accorderait davantage d’importance à la qualité de vie au travail, la quête de sens et surtout, l’accomplissement personnel. Cette nouvelle génération exprime clairement son besoin de s’épanouir en dehors du travail, et de pouvoir concilier vie professionnelle et vie privée. En 2016, selon une enquête menée par Ipsos, 88 % des millennials considéraient l’établissement d’une frontière entre travail et la vie privée primordiale.  

Selon Simon Sinek, quatre facteurs sont à l’origine de ces divergences de perceptions et d’aspirations : l’éducation, la technologie, l’environnement et la patience.  

            L’éducation

Les millennials ont été élevés dans l’idée qu’ils pourraient tout accomplir, que rien ne leur était impossible, et que tous leurs désirs pouvaient être assouvis s’ils le souhaitaient, contrairement à leurs parents et grands-parents reçu une éducation rigide. Ces divergences éducatives expliquent les différences de mentalités et d’attitudes entre les générations.  Tandis que les personnes arrivées vingt ans auparavant sur le marché de l’emploi sont attachées à leur emploi et acceptent les aspects négatifs de celui-ci, les nouvelles générations semblent apparaître plus réticentes, extrêmement exigeantes et beaucoup plus insatisfaites de leur condition. Effectivement, l’enquête Ipsosindique que le taux de satisfaction au travail atteint 64 % chez les moins de 35 ans, contre 80 % en moyenne pour les autres générations. Ces chiffres s’expliquent également par l’environnement actuel. Les millennials sont entrés sur un marché du travail en crise, subissant le chômage de masse, la robotisation, mais également la crise économique. 

Les digital natives exigent énormément des entreprises, notamment en matière de bien-être et d’épanouissement personnel. Pour 84 % d’entre eux (Ipsos 2016), les structures doivent montrer leur intérêt pour les salariés et prendre en compte leur vie personnelle. Dans une précédente étude conduite pour Domplus en 2015, 58 % des jeunes salariés estimaient que travailler représentait avant tout une source d’épanouissement personnel. Aujourd’hui, on ne travaillerait plus par nécessité, mais bien pour atteindre un état d’épanouissement personnel. 

            La technologie 

Le XXIe siècle est marqué par de nombreuses révolutions technologiques et sociales, dans un monde en perpétuel changement. Les nouvelles technologies sont omniprésentes et leur usage illimité. Du fait de cette surexposition, de nombreux jeunes semblent développer des comportements addictifs. Cette coupure avec le monde réel entraîne des problèmes de gestion des relations humaines et des situations d’isolement. 

            L’environnement

Mais pour le conférencier, c’est l’environnement qui pose problème, et particulièrement le comportement capitaliste des entreprises. Ces dernières sembleraient se soucier davantage des chiffres que de leurs salariés. La majorité des sociétés ne seraient pas intéressées par l’épanouissement des employés et ne mettraient pas en place des solutions pour améliorer la confiance de ces derniers et leur permettre de s’épanouir individuellement. Les millennials estiment que le patronat ne prend pas assez en compte le bien-être des salariés, quand celui-ci permettrait pourtant d’accroître la productivité globale (cf. article bien-être et productivité, quelques chiffres). 

            La patience 

Dans un monde prônant l’instantanéité et le tout-accessible, les nouvelles générations développent un comportement impatient.  Les millennials n’auraient ainsi plus besoin d’apprendre à s’adapter socialement, dans la mesure où tout est à leur portée. Ils veulent avoir « un impact », sentir qu’ils contribuent au développement de l’entreprise. Étant habitués à recevoir rapidement, ils auraient tendance à ne pas attendre de récolter les fruits de leur travail sur le long terme. Ainsi, seulement 16 % des 18-34 ans se verraient occuper le même poste dans 10 ans. C’est une génération à la fois mouvante et déterminée, qui n’hésiterait pas à quitter son emploi si l’occasion se présentait. En effet, 48 % des jeunes affirment qu’ils quitteraient leur entreprise à la moindre occasion. Les millennials veulent un emploi qui « a du sens » ; c’est pourquoi ils multiplient les expériences, pour trouver le poste qui leur offre les meilleurs avantages.  Cette absence de loyauté amène les entreprises à chercher des solutions pour fidéliser les jeunes générations sur le long terme. 

Le millénial : un atout pour l’entreprise

Pourquoi les entreprises se plieraient aux exigences de cette nouvelle génération ? La réponse est sans équivoque : les millennials s’avèrent être des atouts inestimables pour l’entreprise de demain. 

Nés et bercés par les nouvelles technologies, les millennials représentent une force de travail puissante et parfaitement adaptée aux futurs enjeux du numérique et du digital.  Hautement flexible et mobile, les digital nativespossèdent des qualités actuellement très recherchées par les recruteurs.  Adeptes du changement, ils réagissent parfaitement aux différentes évolutions du marché et s’adaptent facilement, dans un environnement changeant. Ils revendiquent et plébiscitent les nouveaux modes de travail, tels que le télétravail et le freelance. 

Au-delà de leurs compétences, les millennials sont actuellement 2 milliards dans le monde et constituent la force de travail de demain. « En 2020, les millennials représenteront la moitié de la force de travail à l’échelle globale », selon CBRE Research.

 Une révolution inévitable ? 

L’environnement de travail actuel n’encouragerait pas la génération Y à évoluer au sein de la même entreprise, alors même qu’ils sont considérés comme un atout absolument essentiel pour qu’une structure reste compétitive.  

En effet, le monde du travail devient de plus en plus inadapté aux différentes évolutions technologiques et sociales qui jalonnent notre société. Les entreprises doivent redoubler d’efforts pour s’adapter et rester compétitives.   

Globalement, si certaines entreprises restent réticentes quant aux changements, la plupart d’entre elles ont décidé de revoir leurs méthodes de travail en incorporant les nouvelles tendances impulsées par les jeunes générations. 

La génération Y recherche un travail offrant une grande flexibilité : des horaires souples, de l’autonomie et moins de rigidités.   C’est pourquoi on observe une augmentation du télétravail, qui permet également de concilier vie professionnelle et personnelle. Paradoxalement, les frontières entre travail et vie privée se distendent, alors que les millennials exprimaient leur envie de séparer distinctement les deux . 

 Le freelance, fortement plébiscité par les millennials, connaît également une hausse exponentielle. En effet, on dénombre près de 900 000 freelances en France, soit une croissance de 110 % sur les dix dernières années. 

L’entreprise d’aujourd’hui s’interroge sur de nouvelles formes de management, mieux adaptées à l’innovation, mais aussi à l’épanouissement des salariés et à leur fidélisation. Les entreprises essaient notamment d’assouplir la hiérarchie, en laissant place à une structure dite « horizontale », qui semble davantage favoriser le travail collaboratif. De plus en en plus de sociétés font le choix de supprimer la hiérarchie, pour favoriser la créativité et la communication des équipes. (cf. article l’entreprise libérée: que faut-il en penser?

Conclusion 

Les millennials apportent un souffle nouveau dans un monde du travail en crise. Les entreprises n’ont d’autres choix que de se transformer en profondeur pour rester performantes. La génération Y porte une vision nouvelle sur le monde de l’entreprise et nourrit de grandes espérances en termes de bien-être, d’accomplissement personnel et de quête de sens. Les digital natives ont déjà apporté leur lot de changements, notamment dans les modes de travail avec le développement du télétravail et du freelance, mais également un assouplissement de la hiérarchie et la constitution de petites équipes de travail. L’arrivée des millennials au travail sonnera-t-elle le glas de l’entreprise traditionnelle ?